06 novembre 2011

Rencontre avec Olivier Durand de l'Association pour la reconnaissance du vote blanc

Nous continuons notre dossier consacré au vote blanc avec une interview d'Olivier Durand, président de la très active Association pour la reconnaissance du vote blanc.

L'indélicat: Bonjour Olivier Durand, vous êtes président de l’association pour la reconnaissance du vote blanc et webmaster du très complet site www.vote-blanc.org. Pouvez-vous vous présenter rapidement ainsi que votre association et son action ?
Olivier Durand: Je suis un citoyen ordinaire, salarié, syndiqué, élu syndical même, sans être un militant syndical caricatural. L’Association pour la reconnaissance du vote blanc a été créée en 1994. Elle est composée de simples citoyens qui souhaitent que le vote blanc soit comptabilisé comme un suffrage exprimé. L’Association n’appelle pas à voter blanc et beaucoup de ses membres votent régulièrement pour des candidats, d’horizons divers. Le travail de l’Association a été d’argumenter ses positions, de travailler avec les parlementaires concernés par la question, de médiatiser le sujet et de nouer des contacts avec des mouvements identiques à l’étranger.

LI: Pourquoi vous êtes-vous engagé dans ce combat pour la reconnaissance du vote blanc ? Est-ce parti d’un événement précis ?
OD: Depuis mes 18 ans, je ne suis pas satisfait par le sort réservé aux bulletins blancs, n’arrivant pas à comprendre pourquoi mon vote est jugé pertinent quand je choisis un candidat et vide de sens quand je vote blanc. Je considère que l’on a détourné l’acte électoral de son poids symbolique en le transformant en outil à seul usage des états-majors des partis. En 1994, je me suis dit qu’il ne suffisait pas de se plaindre et qu’il fallait se bouger pour changer les choses et l’Association est née.

LI: L’association Blanc c’est exprimé et le parti du vote blanc souhaitent chacun présenter un candidat aux élections présidentielles de 2012. Pensez-vous que leur initiative a une chance d’aboutir au vu de vos précédents problèmes avec la justice lors des législatives de 1997? Collaborez-vous par ailleurs avec ces organismes (Le Parti du vote blanc et Blanc c’est exprimé) ?
OD: Nous ne choisissons pas la tactique de la présence aux élections parce que sans argent, elle est vouée à l’échec. Impossibilité d’obtenir les 500 parrainages pour la présidentielle et nécessité d’avoir de nombreux candidats – plus d’une centaine – pour les législatives. Les six ans de conseiller régional de Gautier n’ont en rien fait avancer le schmilblick et ont juste garanti la notoriété du monsieur. Les initiatives du Parti blanc (2002, 2007) ont entraîné une débauche d’énergie pour un résultat sur la forme (les médias ont dit qu’il y avait une tentative de candidature) et pas sur le fond. La tentative de 2012 ne donnera pas mieux.
Nous avons fait une candidature aux législatives de 1997 dans un but médiatique en disant que pour la première fois des bulletins blancs étaient disponibles dans un bureau de vote. ‘Ceci est un bulletin blanc’ était écrit en gros sur le bulletin et le nom du candidat en petit. Ce n’était pas une action pour être élus. C’était une candidature très peu chère et j’ai été condamné par le Conseil constitutionnel parce que nous n’avons pas envoyé le rapport sur frais de campagne qui devait être validé par un expert-comptable ce qui nous aurait coûté beaucoup plus cher que la campagne elle-même. Depuis, il n’est plus demandé cette formalité aux tout petits candidats. Nous sommes en contact avec le Parti du Vote Blanc et son webmaster vient d’adhérer chez nous afin de faciliter la transmission d’informations entre les deux sites.

 LI: Vous interpellez régulièrement des politiciens au niveau français et européen. Quel genre de réaction vos lettres suscitent elles et avez-vous pu obtenir des résultats concrets grâce à ce type d’action ?
OD: Le contact avec les parlementaires est décevant. Souvent ce sont des initiatives isolées sans lendemain et on se demande pourquoi l’élu ou le groupe d’élu a pris l’initiative de rédiger une proposition de loi. Toutefois, nos démarches n’ont pas toujours été infructueuses. En 1998, nous avons obtenu du président du Parti radical valoisien le financement du seul sondage sur le vote blanc. En 2003, le groupe UDF de l’Assemblée a utilisé sa niche législative pour mettre au débat le vote blanc. Le rapporteur Gérard Vignoble avait allègrement utilisé notre livre de 1999 (fait pour ça) pour alimenter sa plaidoirie. Aujourd’hui nous comptons sur Franck Reynier qui a un projet d’action large sur la démocratie avec son groupe mais le forfait de J-L Borloo ne simplifie pas sa démarche.
Au niveau européen c’est plus délicat parce que l’UE n’interfère pas dans les règles électorales des pays, donc nous essayons de les sensibiliser sur leurs votes pour l’exécutif européen et obtenir que lorsqu’ils sont électeurs, le vote blanc soit un suffrage exprimé.

LI: Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le collectif « citoyens européens pour le vote blanc » ?
OD : Le collectif européen est une œuvre grandiose et très fragile. Malheureusement, nous sommes les seuls à avoir de la constance dans les idées. Dans beaucoup de pays, un mouvement nait à la veille d’une élection et disparaît peu après. Heureusement que les Espagnols sont là. Il faut écrire à tous ces gens dans leur langue si on veut espérer un échange. C’est lourd, pas forcément fructueux mais il faut le faire.

LI: Le mois dernier 4 députés UMP ont déposé une proposition de loi visant à reconnaitre le vote blanc comme suffrage exprimé mais visant également à rendre le vote obligatoire. Est- ce pour vous une avancée ? Le fait que cette proposition émane du parti majoritaire est-il un bon signe ?
OD: Jusqu’à présent, c’est essentiellement la droite qui a déposé des propositions de loi en faveur du vote blanc. Le PS est aux abonnés absents. Ce n’est donc pas surprenant que 4 UMP pondent un texte. Nous avons préféré celui de Martine Aurillac en 2008 et surtout celui de Jacques Remiller en 2010 qui, pour la première fois, envisageait un seuil au-delà duquel une élection serait annulée. Nous sommes contre le vote obligatoire. On ne peut pas être à la fois pour le vote blanc qui donne plus de pouvoir à l’électeur et le responsabilise et accepter le vote obligatoire qui l’infantilise à nouveau. Les commentateurs auraient vite fait de dire que les bulletins blancs émis seraient dus à des électeurs qui en temps normal se seraient abstenus et qui l’a ont bâclé leur vote. Le vote blanc n’a de force qu’à partir du moment où l’électeur aurait pu rester chez lui.

LI: Pourquoi à votre avis le vote blanc n’est-il aujourd’hui toujours pas reconnu comme suffrage exprimé ?
OD: Le vote blanc n’est toujours pas comptabilisé comme suffrage exprimé parce que les partis considèrent que l’acte électoral leur appartient et que les électeurs sont trop stupides pour pouvoir profiter d’un tel avantage ; selon eux, si le vote blanc était reconnu, les électeurs s’en serviraient à tort et à travers. Nous sommes dans une démocratie où le citoyen de base n’est toujours pas considéré comme une richesse mais comme un emmerdement. Comme ce sont les partis qui décident en la matière, ils empêchent toute avancée (aidés par l’intelligentsia : médias, universitaires…). Bruno Gaccio est l’exemple type de cette vision des choses. Il est reçu par tous les médias parce qu’il appartient au sérail et son discours satisfait le politique (PS) et l’universitaire (Guy Carcassonne notamment) parce qu’il laisse le peuple à sa place.

LD: Que pensez-vous par ailleurs de la position de Bruno Gaccio ? Est-il possible que sa position d’homme médiatique nuise à votre action ?
OD: Pour notre position par rapport à ce qu’il défend : voir le site. Je rajouterai qu’aujourd’hui on a mieux que ce qu’il propose puisque à chaque élection on connaît le nombre de blancs et nuls (ndlr : Bruno Gaccio souhaite uniquement séparer les votes blancs des votes nuls lors du décompte sans les prendre en compte). En 1995, on a pu faire passer dans le courrier des lecteurs du Monde l’info disant que pour la première fois sous la Vè République le vainqueur de la présidentielle n’aurait pas eu la majorité absolue si le vote blanc avait été pris en compte. Si comme Gaccio le demande on avait retiré les bulletins nuls, on n’aurait sûrement pas eu ce résultat. Or, quasi tous ces bulletins sont dans l’esprit des votes blancs. L’idée de Gaccio est un recul et sûrement pas une avancée.

LD: Admettons que demain votre action porte ses fruits et que le vote blanc retrouve enfin la même valeur qu’un suffrage « classique », quelle suite donneriez-vous à votre action ?
OD: Si le vote blanc devient un suffrage exprimé et que le vote n’est toujours pas obligatoire, l’Association disparaîtra.

LD: Merci beaucoup Olivier Durand

Commentaires sur Rencontre avec Olivier Durand de l'Association pour la reconnaissance du vote blanc

Nouveau commentaire