06 novembre 2011

Le vote blanc, outil de pression fantôme

« On a le droit de voter parce qu’untel a un beau costard ou parce que le voisin est arabe et qu’il fait du bruit mais on n’a pas le droit de ne pas être d’accord ?  Le vote blanc, c’est dire “je ne suis pas d’accord”. Comment ne pas entendre cette voix dans une démocratie ? ».

Si on peut reprocher un joli panel de choses à Joey Starr, on ne peut certainement pas l’attaquer sur sa vision du démocratique… Nous sommes à un peu plus de six mois des élections présidentielles et la météo retrouve enfin sa grande rivale dans la catégorie « discussion stérile de fin de repas ». Tandis que les convives se voient pousser des vocations d’analyste économique ou de journaliste politique, ceux qui ne se sentent pas concernés par le mouvement de foule auraient tout autant intérêt à s’enfermer dans une bulle au plus profond du Pacifique. Car leur opinion ne compte pas et en France ils sont un bon million et demi dans ce cas-là.

encadré vote blanc

Définition et interprétation

Selon le site internet du parti du vote blanc, « Le vote blanc consiste pour un électeur à déposer dans l’urne un bulletin blanc dépourvu de tout nom de candidat. Voter blanc indique une volonté de participer au débat démocratique mais marque un refus des choix proposés. Ce type de vote est clair et n’autorise qu’une seule interprétation: “Je veux participer mais ce que vous me proposez ne me convient pas ».

Or dans la pratique, l’interprétation du vote blanc est la suivante: vote blanc = vote nul = abstention. Le votant blanc s’exprime mais son opinion n’est pas prise en compte et est traitée comme un refus de participation. On peut également rajouter que pour pouvoir voter blanc il faut obligatoirement apporter son propre bulletin blanc car la loi interdit aux bureaux de vote de les fournir.

Tout cela fait plutôt tâche pour un pays qu’on qualifie volontiers de démocratique.

Pour parler chiffres, au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2007, le vote blanc ou nul a recueilli un peu plus d’1,5 millions de suffrages. S’il était pris en compte dans le résultat final il aurait représenté au second tour 4,2 % des votes, contre 50,8% pour Nicolas Sarkozy et 45% pour Ségolène Royal. A moins d’un point de pourcentage près, le vote blanc venait rogner la légitimité démocratique de la barre des 50%. Cela mis de côté il reste quand même difficile de comprendre que l’opinion d’un million et demi de français ne soit pas prise en compte et soit, pire, recalée au niveau d’une incompréhension des règles de vote.

 Le vote blanc à l’étranger et les mouvements de protestation

NOTA

La grande plupart des pays dits démocratiques appliquent la même recette que la France et ne prennent pas les votes blancs en compte dans le résultat final, mais il y a quand même de rares exceptions. En Europe seule la Suède le reconnait dans le cadre de ses referendums. En Amérique du Sud, l’Uruguay, la Colombie, le Pérou et le Costa Rica le reconnaissent à divers niveaux (possibilité d’invalider les résultats et d’organiser de nouvelles élections si le vote blanc recueille 2/3 des suffrages au Pérou, prise en compte des votes blancs dans le résultat final en Uruguay (mais uniquement car le vote est obligatoire…). Dans le reste du monde : quasiment rien, un grand vide bien blanc.

Mais l’opposition s’organise et on assiste depuis quelques années à l’émergence de mouvements de protestation qui ont pour but la mise en avant et la reconnaissance du vote blanc.

Au Royaume Uni et aux Etats Unis, le mouvement None of the Above est le plus actif. Des partisans du mouvement prennent des initiatives telles que se présenter à des élections locales en ayant préalablement changé légalement de nom (aux élections législatives anglaises de 2010, l’ancien boxeur Terry Marsh opta pour le nom « None of the Above X » afin de permettre aux citoyens d’avoir l’option de s’exprimer et de voir leur vote compter). Dans le cas peu probable où ils remporteraient l’élection, ces candidats promettent le plus souvent de refuser le poste.

L’Espagne s’est récemment faite remarquée avec le parti des bancs blancs (Escaños en blanco). Les élus de ce parti refusent d’occuper les sièges obtenus et du fait de la loi espagnole les sièges restent vides tant que les candidats ne les occupent pas, ne les refusent explicitement ou tant que de nouvelles élections ne soient organisés. Ces élus ne reçoivent alors aucune rémunération et ne se voient pas obligés de remplir leurs fonctions. Ainsi aux élections municipales de 2011, les villages de Gironella (province de Barcelone) et Foixà (province de Girona) ont vu leur nombre d’élus réduits de deux et de un.

En France le jeune parti du vote blanc prévoit de présenter un candidat aux élections présidentielles de 2012. En cas de victoire à l’élection, le parti prévoit d’invalider le scrutin, d’organiser de nouvelles élections en interdisant aux candidats battus de se présenter une nouvelle fois (forçant ainsi les partis politiques à repenser leurs programmes) et de mettre en place une « Assemblée Constituante formée de personnalités issues de la société civile (scientifiques, constitutionnalistes, économistes, sociologues) justifiant de compétences reconnues dans leurs domaines respectifs et qui apporteront une réflexion de fond sur nos institutions, notre Constitution et sur les règles démocratiques de notre pays ».

Proposition de loi

Le 18 Octobre, une proposition de loi a été déposée à l’Assemblée Nationale par quatre députés UMP. Cette proposition qui n’est pas une première en la matière, prévoit la reconnaissance du vote blanc mais prévoit également de rendre le vote obligatoire comme en Belgique et au Luxembourg. Une avancée assez peu démocratique car comme le souligne le parti du vote blanc « transformer ce droit en obligation s’éloignerait de la notion même de démocratie. En effet, le vote est un acte citoyen libre, consenti et volontaire. En ce sens, le droit de voter doit aussi demeurer le droit de ne pas voter. Il en va de notre liberté d’expression, de penser et d’opinion ». Et l’Association pour la reconnaissance du vote blanc de rajouter : « On ne peut pas être à la fois pour le vote blanc qui donne plus de pouvoir à l’électeur et le responsabilise et accepter le vote obligatoire qui l’infantilise à nouveau. Les commentateurs auraient vite fait de dire que les bulletins blancs émis seraient dus à des électeurs qui en temps normal se seraient abstenus et qui l’a ont bâclé leur vote. Le vote blanc n’a de force qu’à partir du moment où l’électeur aurait pu rester chez lui ».

Echec de la démocratie ?

voteblancL’hypothèse du vote blanc comme catalyseur de l’indécision stagnante est souvent avancée. Michel Charasse (ex-ministre du budget, sénateur et membre du conseil constitutionnel) va jusqu’à dire que  « ceux qui souhaitent comptabiliser les bulletins blancs ont une idée derrière la tête : démolir la république et l'Etat, mais sans dire au profit de qui ou de quoi....»

Mais il est plus probable que le véritable problème du vote blanc soit qu’il est une gigantesque épine dans le pied de la classe politique. Dans une aire de mécontentement général, de prise de conscience globale, de déception et de désenchantement vis-à-vis du politique, le vote blanc peut devenir une arme. Reste à pouvoir la sortir de son étui.

A la question «Si le vote blanc gagnait, serait-ce un échec pour la démocratie ? », José Saramago, l’écrivain Portugais prix Nobel de littérature répondait « 40 ou 50% d’abstention, n’est-ce-pas un échec pour la démocratie ? Ceci nous conduit à la pire des conclusions, celle des politiciens qui préfèrent l’abstention parce qu’ils y sont habitués et nous avec ». Et mettre le vote blanc dans le même sac que l’abstention c’est une manière simple et efficace de vider la démocratie de son sens.

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